Violences faites aux femmes au travail : ✅ un guide pour aider les employeurs

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🟣 Trop longtemps, les violences conjugales ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©es comme faisant partie de la sphĂšre privĂ©e. Certaines entreprises, conscientes que ce flĂ©au touche aussi le monde du travail, considĂšrent qu’elles ont pourtant un rĂŽle Ă  jouer dans la protection. Certaines, mais pas toutes Ă©videmment. Ce serait trop beau… Avec l’aide de ONU Femmes France, l’ANDRH (communautĂ© de professionnels des ressources humaines) a lancĂ© le guide “Violences faites aux femmes : quels rĂŽles pour les DRH et les managers”

Par Elsa Cadier

🔱 Quand les chiffres parlent

Les femmes et les enfants sont la variable d’ajustement de tous les drames du monde

En France, 213.000 femmes sont victimes de violences conjugales physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint. Le chiffre ne marque pas un dĂ©clin, bien au contraire. Ces violences se sont mĂȘme aggravĂ©es avec la pandĂ©mie du Covid et pendant les diffĂ©rents confinements. Elles touchent des femmes de tous les secteurs, de tous les mĂ©tiers et de toutes les catĂ©gories sociales pas seulement en France, mais partout dans le monde. Selon CĂ©line Mas, prĂ©sidente de ONU Femmes France : ” les femmes et les enfants sont la variable d’ajustement de tous les drames du monde et les violences faites aux femmes sont la violation des droits humains la plus rĂ©pandue dans le monde. Un tiers des femmes sont, seront ou ont Ă©tĂ© victimes de violences, qu’il s’agisse de sexisme, de viol, de violences conjugales, de fĂ©minicides, …“. Le Gouvernement consacre 3,6 millions d’euros au traitement des violences conjugales (184,4 millions pour les violences faites aux femmes). C’est trĂšs peu comparĂ© Ă  d’autres budgets.

Et au travail ?

Dans les violences au travail 87 % des victimes sont des femmes et 99 % des agresseurs sont des hommes. Les femmes victimes de violences conjugales sont deux fois plus exposées aux violences au travail.

Encore des chiffres…

Une femme sur deux au travail a Ă©tĂ© victime ou sera victime de violences sexistes ou sexuelles. CĂ©line Mas ajoute : “les femmes qui sont victimes dans leur foyer sont beaucoup plus exposĂ©es que celles qui ne l’ont pas Ă©tĂ©. Elles ont dĂ©jĂ  des vulnĂ©rabilitĂ©s qui font qu’elles seront peut-ĂȘtre plus susceptibles d’ĂȘtre agressĂ©es au travail, qu’il s’agisse de harcĂšlement moral ou de violences physiques. ”

🛑 Toutes les catĂ©gories sociales sont concernĂ©es

Toutes les catĂ©gories sociales sont touchĂ©es. Les femmes qui Ă©voluent dans un environnement aisĂ© ont mĂȘme plus de mal Ă  parler de ces violences qui les touchent.

Guillaume Richard, prĂ©sident fondateur de Oui Care, sociĂ©tĂ© de service Ă  domicile dont 94 % des employĂ©s sont des femmes, en a fait le constat. ” En 2018, nous avons crĂ©Ă© un fond de solidaritĂ© pour aider les femmes dans notre entreprise victimes de violences conjugales. DĂšs la premiĂšre annĂ©e, nous avons 57 femmes ont fait appel au service, dont neuf cadres sur 150. Ça fait 6 % de nos cadres “, s’indigne-t-il. ” Et encore, ce sont uniquement celles qui ont osĂ© se dĂ©clarer, mais le chiffre devait ĂȘtre probablement plus important.”

⛑ Et si les violences conjugales devenaient aussi l’affaire de l’entreprise ?

Chaque organisation, chaque entreprise compte dans ses effectifs des victimes de violences conjugales, mais longtemps, peut-ĂȘtre par mĂ©connaissance de la problĂ©matique, par manque de sensibilisation ou par crainte de la responsabilitĂ© lĂ©gale, on a poussĂ© la poussiĂšre sous le tapis, en considĂ©rant qu’il s’agissait d’une affaire strictement privĂ©e. Alors pourquoi cet intĂ©rĂȘt soudain ? Il semble que la rĂ©organisation rĂ©cente du travail, notamment avec le dĂ©veloppement du tĂ©lĂ©travail mĂȘlant parfois vie privĂ©e et vie professionnelle, ait contribuĂ© Ă  mettre le doigt sur ce flĂ©au, impliquant les Directeurs.trices des Ressources Humaines (DRH), les managers, les salariĂ©s dans l’aide Ă  ces victimes, souvent invisibles dans l’entreprise.
La communautĂ© de professionnels des ressources humaines de l’ANDRH l’a bien compris et affirme que le sujet est une de leurs responsabilitĂ©s.

📕 Un guide pour repĂ©rer les signaux et savoir comment agir

Les grandes entreprises, nationales ou multinationales ont des services sociaux qui fonctionnent plutĂŽt bien.

Dans notre service social, 20 % des demandes concernent les violences conjugales“, explique Mathilde Tabary, responsable Europe des relations sociales de Korian. ” Et 80 % de ces femmes demandent des aides au relogement d’urgence .”

Ce n’est pas le cas pour tous, surtout pour les petites entreprises. Ce guide justement, s’adresse Ă  tout le monde qu’on soit collĂšgue, employĂ©, managers ou dirigeant.

đŸ‘ïžâ€đŸ—šïž RepĂ©rer les signaux :

CollĂšgues, managers, dirigeants, … On peut parfois se sentir dĂ©muni.e face Ă  une femme qui soudain change de comportement sans comprendre pourquoi. Elle se trouve peut-ĂȘtre dans une situation de vulnĂ©rabilitĂ©. Le guide propose des conseils pour repĂ©rer les signaux forts et faibles, ceux qui se voient (absences Ă  rĂ©pĂ©tition, maquillage important, manches longues en Ă©tĂ©, mutisme, …) ou ceux qui ne se voient pas (ne pas prendre de congĂ©s, refuser les promotions parce qu’on ne sent pas Ă  la hauteur mentalement, refus de la reconnaissance, …).

🧭 Orienter et agir quand on est tĂ©moin :

Faire intervenir les tiers pour libérer la parole

Il n’est pourtant pas Ă©vident, lorsqu’on s’aperçoit qu’une collĂšgue est victime, de l’orienter vers les bonnes personnes ou le bon service. Certaines entreprises on mis en place des formations (non obligatoires).

On s’est dit que, face Ă  l’absence de libĂ©ration de parole, il fallait travailler sur la formation en plus de la sensibilisation et de la communication“, reprend Mathilde Tabary. ” Nous proposons un e-learning pour former les collĂšgues et les managers Ă  l’identification des signaux et Ă  comment agir. Nous travaillons aussi beaucoup avec les associations en local comme la Maison des femmes par exemple pour essayer de trouver des solutions rapides.

CĂ©line Mas ajoute : “Quand la victime s’adresse Ă  son employeur, c’est important que l’employeur puisse lui dĂ©rouler tout le chemin. Parce que quand on fait ce pas, c’est tellement dur. La victime va se demander ce qui se passe aprĂšs et ça gĂ©nĂšre une trĂšs grande angoisse. Donc, si elle sait qu’elle va ĂȘtre accompagnĂ©e, c’est rassurant pour elle. “

Certes, il est primordial de prendre en charge les victimes de violences conjugales encore bien trop nombreuses. Il faudrait aussi penser Ă  Ă©duquer les garçons. Quand on sait que 25 % des hommes de 25 Ă  34 ans estiment qu’il faut parfois ĂȘtre violent avec sa conjointe pour se faire respecter (5e rapport sur le sexisme en France du Haut Conseil Ă  l’EgalitĂ©), ça donne Ă  rĂ©flĂ©chir.

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